Entretien avec Clément Bénech

 

Clément Bénech est né en 1991 et a publié deux romans salués par la critique : L’été slovène et Lève-toi et charme. Egalement collaborateur de Décapage, et Libération, il est à vingt-quatre ans une valeur montante de la littérature française.

 

Comment écris-tu ? Papier ou ordinateur ? As-tu des tics d’écriture ?

Carnets, stylo, chez moi.

Le mot préféré d’Amélie Nothomb est « pneu ». Quel est ton mot préféré ?

Précautionneusement.

Quel héros de roman aurais-tu aimé être ?

Don Quichotte. Avoir l’énergie incomparable de l’aveuglement…

Comment as-tu découvert Modiano et Toussaint ? Et comme disait Maitena Biraben à Fleur Pellerin, quel est ton roman préféré de Patrick Modiano ?

benech lisant toussaint

C. Bénech lisant J.P. Toussaint . 

Modiano, j’ai acheté Dans le café de la jeunesse perdue au moment où il est sorti car j’ai été séduit par le titre. En vérité, ce livre n’a pas été dépassé dans mon cœur, mais j’aime citer aussi Villa triste, si sensuel. Toussaint, j’ai découvert La Salle de bain en faisant un baby-sitting ennuyeux. J’étais allé fouiner dans la bibliothèque.

(Photographie : © Sébastien Dehesdin)

Dans un entretien pour Elle avec François-Henri Déserable et Arthur Dreyfus, tu dis que Booba est l’équivalent au XXIeme siècle d’Arthur Rimbaud. Comment peut-on mettre sur le même plan l’un des plus grands écrivains de l’Histoire de l’humanité et un rappeur qui en 2002 disait : « Quand j’vois la France les jambes écartées j’l’encule sans huile. » ?

 Je ne suis pas sûr de l’avoir dit en ces termes, d’une part parce que Rimbaud est poète et que Booba est rappeur. Ça ne veut pas rien dire, comme dirait l’autre, ou plutôt l’un. Le rap est un art, donc un médium — pour parler américain — à part entière, qui façonne son contenu comme tous les autres. Le médium n’est pas le message, dit Régis Debray, mais il y contribue fortement, comme l’argent au bonheur. Et je crois pour ma part qu’il y a dans une certaine mesure une violence inhérente au rap. Mais on ne rend pas justice à Booba en dissociant ses paroles de la musique qui non seulement les accompagne, mais parfois même les engendre. Quant au gamin des Ardennes, ce n’est pas parce qu’il fut premier prix de version latine que c’est resté un enfant de chœur. Le sonnet dit du « trou du cul », par exemple, ce n’est quand même pas très catholique.

leve toi et charme

Lève-toi et charme (2015)

Dans la vidéo que t’a consacrée Solangeteparle, elle te dit « préoccupé par la série télé ». C’est vrai ? Quelle est ta série préférée ?

J’aime Breaking Bad, True detective, et quelques sitcoms.

Dans cette même vidéo, tu reconnais ne « savoir faire que trois, quatre plats ». Tu as progressé depuis ?

À petits pas.

Tu fais partie des Editions du Samovar qui a publié un recueil de textes sur le Transsibérien. Pourquoi ce thème-là ?

Parce que c’est le centenaire du Transsibérien cette année, et que le thème nous permettait d’illustrer notre sujet de la métalepse (la mise en abyme, pour le dire vite).

 Peux-tu me parler du dernier livre que tu aies lu ?

Je lis Kundera en ce moment, là je viens de terminer Risibles amours. Quelle rasade de joie. Ce romancier m’impressionne par sa faculté à conjuguer la légèreté et la profondeur. Et — sujet qui m’intéresse en ce moment — il parvient à introduire des idées (au sens philosophique) dans ses romans sans les faire basculer du côté de l’essai. Ce sont des idées motrices, qui façonnent les personnages, et non des abstractions qu’ils échangent platement. Lecture très nutritive. Et sinon je lis en

été slovene

L’été slovène (2013)

anglais comme je suis à New York en ce moment : The Love Affairs of Nathaniel P. de Adelle Walman (très drôle et très profond sur les rapports amoureux et littéraires dans le Brooklyn d’aujourd’hui) et What art is du philosophe Arthur Danto.

De tes projets ? Il semblerait que tu aies un projet de film avec Marie Guillard…

J’ai participé il y a un moment à l’écriture d’un petit court-métrage d’Éléonore Wismes que l’on peut voir ici.

A seulement vingt-quatre ans, tu as publié deux romans, étudié en prépa HEC, Sciences Po, en études germaniques, en journalisme, obtenu une licence de lettres et un master édition, rédigé un mémoire sur le photographe et écrivain Edouard Levé, as été présélectionné pour le Prix Orange, as passé six mois à Berlin et as collaboré à Libération et tu es actuellement à New York. Sais-tu profiter de ce que Dany Laferrière appelle « l’art presque perdu de ne rien faire » ?

Dit comme ça (mais il faut se méfier de l’aspect « totalitaire » du langage, qui ne prend pas en compte les quantités — une souris et un gibbon ont le même nombre de lettres mais ne pèsent pas le même poids, comme la girolle et le gorille) on peut croire que je ne me repose pas, mais en fait je suis tout sauf un bourreau de travail. J’écris parce que j’aime ça et je n’ai pas le sentiment d’une « tâche ».
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