Entretien avec Nadia Remadna

Nadia Remadna est une militante associative et essayiste, auteure de Comment j’ai sauvé mes enfants (Calmann-Lévy, 2016) qui a reçu une importante couverture médiatique, où elle raconte son combat en faveur de la jeunesse et la lutte contre l’embrigadement et la radicalisation. Fondatrice de « La Brigade des mères », elle a également fait l’objet de menaces de mort provenant d’intégristes et dénonce notamment l’inaction – voire la complaisance – des élus. Elle a récemment reçu le soutien de la philosophe Elisabeth Badinter. 

 

– Pourquoi avez-vous fondé la Brigade des mères ?

Je suis travailleuse sociale depuis longtemps, et j’ai souhaité créer cette brigade des mères pour être beaucoup plus libre, afin d’agir face à ce qui passe actuellement dans les quartiers, essayer de résoudre les problèmes auxquels on se trouve confrontés. Malheureusement, en tant que travailleuse sociale j’avais beaucoup de mères qui me sollicitaient, je voyais la souffrance des femmes et des mères dans les quartiers. Je me suis dit que le changement viendra de nous, les mères, bien qu’il y ait des hommes qui nous soutiennent !

– Et cela fonctionne-t-il bien ? Arrivez-vous à faire changer les choses ?

remadna

Nadia Remadna

Oui, mais pas autant que je le voudrais. Les gens hélas ont peur, peur de dire les choses, peur de les nommer. J’habite dans un quartier où 80 % de la population est musulmane, souvent très pratiquante. Les gens préfèrent se faire du côté du plus fort. Le fait que des femmes prennent librement la parole en essayant de faire bouger les choses est un acte à contre-courant, minoritaire.

– Que pensez-vous exactement des réactions des autorités face à la radicalisation et embrigadement ?

Honnêtement, ils ne réagissent pas suffisamment. Parfois, les politiques ont un mot, la ministre des Droits des femmes nous as reçus ils s’intéressent, mais le changement ne vient pas. Moi qui suis dans l’action, je m’attendais à ce qu’on prenne davantage les mesures, qu’on arrête de prendre des gants. On a fait des perquisitions, oui, mais qu’a-t-on réellement mis en place ? On va distribuer de l’argent pour les banlieues pour calmer, mais je crains que ce ne soit pas suivi de réels changements. J’ai l’impression qu’on est à côté de la plaque !

– Et cette rencontre avec Laurence Rossignol ? Cela a donné quelque chose ?

J’espère que cela a été constructif, j’essaie de ne pas être pessimiste. Elle nous a écoutés, nous avons échangés. Mais il faut prendre le problème par la racine, et ne pas se centrer uniquement sur la question du voile. Les intégristes adorent faire croire que l’on s’attaque encore et toujours aux femmes voilées. Il faut une réelle prise de conscience, et si on n’attaque que les femmes voilées, on risque de les braquer. Je pense que si l’on crispe les problèmes, on ne pourra pas construire quelque chose. J’aurais aimé que la ministre des droits des femmes s’attaque aux vrais combats, la polémique autour du voile est un épiphénomène.

– Quels sont les vrais combats, alors ?

Les vrais combats, ce sont les radicaux, qui viennent radicaliser nos enfants. Ce sont tous ces jeunes qui ont la haine de la France, des jeunes de quatorze, treize ans, qui ne se sentent plus Français. Le fait qu’il n’y ait que la religion, que le Coran. Les vrais combats, c’est de faire appliquer les lois de la république.

– Comment expliquez-vous que ces maires, inactifs voire complaisants, soient toujours réélus ?

Depuis quelques années, il y a l’augmentation de ce qu’ils appellent les listes citoyennes, avec des gens qui en ont assez, se sentent victimisés, incompris. Ces listes ne sont pas élues, mais en revanche au deuxième tour, les candidats vont flirter, négocier avec eux, même si c’est en désaccord avec leur ligne politique, parce qu’ils voulaient le pouvoir. C’est une stratégie électoraliste qui permet aux élus de toujours être reconduits.

– Et Stéphane Gatignon, le maire de votre ville, que pense-t-il de vous et vos actions ?

Il ne me contacte pas. Il n’apprécie pas trop que quelqu’un comme moi fasse bouger les choses, e matière de vivre-ensemble et de laïcité, valeurs auxquelles je suis attachée. Sauf quand j’ai été menacée de mort, j’ai reçu une lettre de soutien de sa part.

J’ai organisé un repas de la Fraternité dimanche 17 avril, et aucun élu ne s’est déplacé. Le problème est que je suis plus courtisés par le Front national que par les gens de gauche. Comme je critique les dérives islamistes, je suis courtisée par des gens clairement racistes envers les musulmans : cela me met hors de moi.

– Que pensez-vous de la « mode islamique » ?Seriez-vous pour l’interdiction du voile à l’université ?

Je suis pour la liberté et l’humanisme. Mais je trouve incompatible de l’interdire au lycée et mais de l’autoriser ensuite à l’université. C’est presque hypocrite. Une jeune femme de dix-huit ans qui passe son bac sait très bien que quelques mois elle aura le droit de le mettre, c’est juste une question de temps. D’autant plus qu’il y a des lycées qui proposent des classes préparatoires ou des BTS : les élèves ont alors vingt, vingt-et-un ans. Ce n’est pas clair : il y a un problème de cohérence. On l’interdit au lycéennes, mais on ne l’interdit pas aux fillettes de huit ans dans certains établissements coraniques. Voiler une fille de huit ans, pour moi, c’est sadique, c’est comme lui voler son enfance !

– Quels sont vos projets, vos combats ?

On met en place une école des mères et de la République, avec de la philosophie, de l’histoire, du droit et de l’estime de soi. La philosophie permet d’avoir un esprit critique. Dès que vous dites un mot, vous êtes insulté, menacé, agressé : on n’arrive plus à avoir des débats sereins. Si on n’a pas d’esprit critique, on ne peut pas mener des débats démocratiques.

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