Soumission – Michel Houellebecq

houellebecq

Michel Houellebecq, auteur de Soumission

 

 

 

 

 

 

 

La parution de Soumission, le dernier roman de Michel Houellebecq le 7 janvier 2015, a fait l’objet d’un tollé immense. Il avait par ailleurs été obligé de mettre fin à ses apparitions publiques, tant la controverse était vive. Taxé d’islamophobe par certains, d’autres avaient alors considéré que le fait de qualifier de manière flagramment insultante un roman de « raciste » était un moyen de surveillance de la fiction intolérable dans un pays où les droits des artistes et des écrivains tiennent une place sacrée.

Ali Baddou, présentateur à Canal+, avait considéré que ce livre (cf : ici) « habituait au racisme anti-musulmans » et avait vu « une islamophobie diluée dans le livre d’un grand romancier français ». Et Edwy Plenel, que j’avais déjà écorché dans cet article, avait tenté ici un parallèle avec l’oeuvre d’Eric Zemmour, dont la parution du Suicide français avait également était source de polémiques. Je cite : « Des journalistes de ce pays ont accepté que l’on dise qu’il faudrait expulser des millions de Français parce qu’ils sont musulmans ». Cette seule phrase suffit à conclure qu’il n’a pas lu Soumission, visiblement, et qu’il prête à son auteur des intentions qui dépassent clairement son rôle de romancier.

Au contraire : Houellebecq ne veut expulser personne, il place dans son roman à la tête de la France un candidat musulman, met l’islam au centre de la construction du livre et pousse même son personnage principal à la conversion.

On s’attendrait, au vu de la virulence de certains critiques, à un livre ignominieux. On est franchement déçus. Rien de bien raciste dans ce roman, assurément, et quand on connaît le potentiel de provocation dont est capable Houellebecq, reconnaissons qu’il s’est plutôt contenu dans celui-ci (la misère sexuelle, qui hante son oeuvre, se fait ici plutôt discrète). Toutefois, quant aux relations qu’entretient François, le narrateur, avec les femmes, Myriam, une femme qu’il semble sincèrement aimer (contrairement aux autres) est contrainte de quitter la France pour faire son Alyah, l’émigration vers Israël où, elle l’espère, elle est sa famille, juive, pourront vivre loin de l’antisémitisme qui renaît.

Dans une France proche de la nôtre (2022), un parti musulman, qui prône un islam plutôt doux, arrive au second tour de l’élection présidentielle face à Marine Le Pen. Le lecteur suit alors ce glissement politique accepté par la société soumise à ce nouveau pouvoir à travers les vicissitudes du personnage principal, professeur universitaire, auteur d’une thèse sur Huysmans, qui s’attend à une vie calme et tranquille de fonctionnaire célibataire et dépressif.

Les universités deviennent coraniques, la polygamie est légalisée et Mohamed ben Abbes, président de la République, qui choisit François Bayrou comme Premier ministre, ose des propositions novatrices : pour répondre au problème du chômage, il presse les femmes de rester au foyer afin de désengorger le marché du travail.

L’islam, abordé dans une version politisée mais très édulcorée, est ici au centre de l’attention du lecteur, mais pas des personnages, qui eux, découvrent cette religion mi-amusés, mi-curieux, avec naïveté, angélisme, opiniâtreté.

Un décadentisme tonitruant, avec la figure de Joris-Karl Huysmans accompagne ce roman où se côtoient déshérence existentielle, déliquescence individuelle, intuitions spleenétiques, regard visionnaire mais lucide sur notre civilisation, ses ambiguïtés, ses travers, ses incohérences, regard dans lequel se détache tout au long de l’oeuvre la figure de l’homme urbain intellectuel blasé et morne, en quête perpétuelle de nouvelles expériences qui jamais ne le satisferont, et qui croit trouver dans le spirituel de quoi nourrir la vacuité de son existence.

Soumission, Michel Houellebecq, Flammarion, 2015.

Michel Houellebecq est un romancier, essayiste et poète français, et l’un des écrivains francophones les plus lus au monde. Auteur notamment d’Extension du domaine de la lutte, Le sens du combat, Les particules élémentaires, Plateforme, La possibilité d’une presqu’île (Flammarion, 1994, 1996, 1998, 2001, 2005) et d’Ennemis publics (avec B.-H. Lévy, Flammarion/Grasset,2008), il a reçu le Prix Goncourt pour La Carte et le territoire (Flammarion, 2010).
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2 commentaires pour Soumission – Michel Houellebecq

  1. celinehuet dit :

    L’arrêt de sa promo a fait suite à l’attentat de Charlie Hebdo et de la mort de certains de ses amis… 😉

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