Autel Europe

Bernard-Henri Lévy est habité d’une indéfectible foi en l’Europe. Cela en devient presque religieux. D’où le titre : autel pour hôtel. Ce livre est sorti à la rentrée 2014 chez Grasset, et se découpe en deux parties : l’une, une pièce de théâtre, l’autre, une série de réflexions philosophico-politiques sur l’Europe.

La pièce, d’abord, un monologue en prose et en cinq actes, a été jouée la première fois au théâtre national de Sarajevo le 27 juin 2014 dans une mise en scène de Dino Mustafic avec Jacques Weber. Ensuite prhotel europeésentée le 11 juillet à la Fenice de Venise, elle a été à l’affiche du théâtre de l’Atelier, à Paris, à partir du 9 septembre.

Nous nous trouvons dans une chambre de l’Hôtel Europe, à Sarajevo, où un homme est plongé dans l’écriture d’un discours, pour le centenaire de la Première Guerre mondiale.

Volubile, transporté, mélancolique, désinvolte, vulgaire même parfois, le narrateur semble mal, et fustige une Europe dont il sonde les failles, éloignée du rêve originel que les gouvernants avait formé pour l’avenir de ce continent. Soit on construit l’Europe comme l’ont voulue ses pères fondateurs (Monnet, Schuman par exemple), soit cette solution, qui apparaît pour lui l’unique solution pour tous les peuples européens, se mourra.

Dénonçant les malheurs des migrants comme les dérives religieuses, dans une langue grandiloquente qui nous emporte dans le corps-à-corps auquel se livre l’unique personnage avec lui-même, Bernard-Henri Lévy revient au théâtre avec un drame saisissant, qui dit beaucoup sur les travers de notre époque et les enjeux actuels de l’Europe.

Dix réflexions « sur un nouvel âge sombre » suivent la pièce. Il y est question de l’Europe, de l’Europe « poutinisée » dit-il, de son rapport à la judaïté, à l’identité nationale, dont il s’étonne presque qu’on pût craindre la perte, alors que c’est du côté européen que tout semble s’écrouler, de Husserl, Benny Lévy, Heidegger « philosophe immense mais nazi », d’Emmanuel Levinas, de Sartre, Foucault.

Il en a connu certains, lui qui a tout connu des conflits internationaux de cette fin de siècle et de celui qui commence : Petro Porochenko, Henry Kissinger, Alija Izetbegovic – et en combat d’autres avec férocité : Marine Le Pen, « ses rires gras de soirs d’élection », Dieudonné, Vladimir Poutine…

La pièce et les réflexions qui la suivent se complètent parfaitement dans quelque chose qui s’apparente à un réel, sincère et passionné cri d’amour à l’Europe.

Hôtel Europe, Bernard-Henri Lévy, Grasset, 220 pages.

Bernard-Henri Lévy, né en 1948, est un philosophe, essayiste, cinéaste, dramaturge et romancier français. Initiateur du mouvement des « nouveaux philosophes », il est par ailleurs l’un des intellectuels français les plus influents et a pris une part importante dans la vie médiatique et politique française et internationale de ces 35 dernières années à travers ses engagements internationaux. Auteur d’essais tels que  La Barbarie à visage humain, Le Testament de Dieu, L’Ideologie française, Qui a tué Daniel Pearl ?, American Vertigo (Grasset, 1977, 1979, 1981, 2003, 2006) et de deux romans, BHL a écrit par ailleurs des ouvrages sur l’art, des recueils de chroniques (Questions de principe) et une correspondance avec Michel Houellebecq (Ennemis publics, Flammarion-Grasset, 2008). Il est le fondateur et directeur de la revue La Règle du jeu et a réalisé Le Jour et la Nuit et Le Serment de Tobrouk (1997, 2012).
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