Opération Correa – Les ânes ont soif

En novembre 2013, Rafael Correa, président de l’Equateur est de passage en France. Il donne une conférence, en français, à la Sorbonne sur les résultats obtenus par sa politique. Il est reçu sur le perron de l’Elysée par François Hollande.

Dans les médias français : silence radio (sans jeu de mots). Hormis le Monde diplomatique qui fait sa Une dessus, ou TV5 Monde, aucun médias ne relaie l’information. L’évident manque d’intérêt pour cet événement est le point de départ du film de Pierre Carles.

Le nom même de Rafael Correa demeure inconnu par une immense majorité des Européens.

En effet, alors qu’il a réussi à abaisser le chômage dans son pays à 4,1% (est-il nécessaire de rappeler le niveau dans les pays européens ? ), à faire baisser la pauvreté de façon considérable et qu’il a permis à son pays un développement inouï, personne ne connaît son nom ou son visage.

Comment Rafael Correa s’y est-il pris pour atteindre ces résultats exceptionnels ?

Il est allé à l’encontre de l’austérité et des règles imposées par le FMI. Elu à 43 ans avec plus de 57% des suffrages, il lance une expérience politique audacieuse. Il fustige la politique néo-libérale, fonde un gouvernement particulièrement jeune, et crée le ministère du Bien-Etre ( del Buen Vivir), celui de la Société de l’Information ou encore celui de l’Electricité et de l’Energie renouvelable.

En plus de tout cela, il met en place une augmentation du salaire minimum, la reconnaissance des peuples aborigènes, un meilleur partage des ressources pétrolières, la réhabilitation des hôpitaux. Les droits de la terre sont reconnus par la Constitution.

Il crée aussi ce qu’il appelle le salaire digne, qui correspond à la somme d’argent suffisante pour faire vivre une famille. Une entreprise qui dégage assez de bénéfices pour payer les employés au salaire digne mais qui les maintient au salaire minimum est alors considérée comme hors-la-loi.

Enfin, Correa a fait ce que personne alors n’avait osé faire : il a accordé l’asile à Julian Assange, fondateur du site Wikileaks qui avait divulgué des informations compromettantes pour le gouvernement américain.

Toutefois, son mandat qui court toujours depuis 2007 (il a été toujours réélu) demeure teinté de controverses. Il réchappe de peu à un coup d’Etat lors de la crise politique équatorienne de 2010 et entretient un rapport compliqué avec les médias : des télévisions aux mains de deux banquiers corrompus, exilés depuis à Miami, ont été confisqués et les actions ont été données aux employés.

Des lois sont passées comme celle qui interdit à une banque de posséder des médias, celle qui oblige les rédactions à se corriger quand elles divulguent une information erronée.

Le documentaire de Pierre Carles a donc deux buts. Le premier est bien sûr la mise en exergue de la politique de Correa trop peu connue en France. Mais c’est surtout de tenter de répondre à justement cette question : pourquoi personne n’en parle ?

Il lance une expérience politique audacieuse : création d’un ministère du Bien-Être, augmentation du salaire minimum et création du salaire « digne », la reconnaissance des peuples aborigènes, un meilleure partage des ressources pétrolières…

Pierre Carles, avec l’art de la satire qui a fait sa renommée en tant que documentariste, interroge alors plusieurs importantes rédactions françaises.

Ses équipes rencontrent plusieurs personnes des médias français qui peinent à s’expliquer et se débrouillent comme ils peuvent pour justifier le manque d’intérêt porté à la politique de Correa. Le libéral Ivan Levaï le méprise totalement, Elisabeth Quin insinue que c’est peut-être dû au fait que sa chaîne, Arte, soit en partie allemande (donc peut encline à l’anti-libéralisme). Pour Alba Ventura de RTL, c’est à lui de manifester qu’il est intéressé pour parler dans les médias. Au journaliste souhaitant l’interroger, Yves Calvi claque la porte au nez. Réponse de Levaï ? On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif : ça n’intéresse personne.

Pourquoi les médias sont-ils silencieux ? Yves Calvi leur claque la porte au nez. Ivan Levaï le méprise totalement. Sa réponse ? On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif : ça n’intéresse personne.

Les pays de « l’Europe civilisée » n’ont sûrement rien à apprendre des pays émergents peu peuplés et peu influents, même quand ils ont réussi à vaincre leur crise de la dette… Quant aux médias, outre TV5Monde, pas un seul mot sur son livre, pourtant écrit en français, quand les livres d’autres personnalités politiques bénéficient d’une promotion hors du commun (on se rappelle des livres d’Al Gore sur l’écologie qui lui valurent le prix Nobel de la Paix (!), par exemple).

Ce documentaire lutte contre la pensée unique et lève le voile sur une illusion hélas très répandue : non, on ne sait pas tout de notre monde, non, nous n’avons pas tout le temps raison.

Et non, il n’y pas de honte à écouter ceux qui ont réussi.

 

Rafael Correa Delgado, né en 1963 en Equateur, est un économiste et homme politique équatorien. Il est président de l’Equateur depuis janvier 2007. Son livre Équateur : de la République bananière à la Non-République – Pourquoi la révolution citoyenne ? est paru aux Editions Utopia en 2013. 

Pierre Carles est un cinéaste et documentariste français né en 1962. Son oeuvre cinématographique, réputée pour l’usage de la satire, est marquée par la critique des médias.

 

 

Voici le premier épisode d’Operation Correa : Les ânes ont soif :

Le débat, avec le réalisateur Pierre Carles :

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