68 premières fois 14/68. Une acidité vénéneuse

Logo 68Au château corrézien de La Charlanne, le centenaire Nikonor de La Charlanne, snobinard érudit, entreprend dans sa tour de se lancer dans l’écriture de sa vie.

Derrière les tergiversations de ce vieillard aigri, un secret de famille se trame. Des souvenirs d’enfance qui resurgissent, à demi-enfouis, d’allers et venues nocturnes dans le château, suspicions renforcées un nombre fortement suspect de cadavres.

Dans ce roman, où références littéraires et mycologiques se mêlent au désir de découvrir le secret de famille partout suggéré, et presque inquiétant à certains égards, on arrive pourtant à sourire, à s’amuser. Se rire du narrateur, érudit offusqué aux allures pédantesques, qui, à notre grand bonheur, persiste à user du conditionnel passé deuxième forme ou du subjonctif imparfait avec une désuétude châtelaine.

Mais aussi rire avec lui du regard sarcastique qu’il porte sur le monde, sur sa sœur à qui il voue une aversion déconcertante, sur l’humanité ; rire avec lui de la dérision qu’il porte à toute chose.

Il y a cet épisode calamiteux, où enfant il souhaite faire profiter sa famille de ses velléités culinaires, du « fiasco de la soupe à la gentiane, qui faillit contribuer à l’éradication des trois quarts de la famille – mais après tout rien ne ressemble à une racine qu’une autre racine ».

Il y a aussi ce passage ou, regrettant d’être « Wanted plutôt mort que vif par toutes sortes de types patibulaires », car s’il ne l’était pas il aurait pu publier un essai intitulé Le Cèpe dans la littérature et les arts visuels : Esthétique(s) de l’absence. En effet, pour un mycologue passionné de littérature, quelle tristesse de voir l’absence quasi totale de champignons dans les arts. « Une seule mention (plutôt cavalière) chez Mauriac lors de la promenade de Thérèse Desqueyroux, quelques flous souvenirs nabokoviens » agrémenté d’une note savoureuse de l’auteur, professeure universitaire de français, qui ne « se fait aucune illusion sur les connaissances mycologico-littéraires de ses lecteurs ».

Le narrateur, natif de Corrèze mais d’une mère anglaise, multiplie les anglicismes érudits, les jeux de mots savants

Dans ce roman nerveux, incisif et drôle, on s’interroge sur cette vie palliée de cadavres suspects et cette haine indéfectible qu’il voue à sa « médiocre jumelle« , cette « araignée mygalomorphe« .

Parce que, vous devez vous en douter, un vieillard rabougri passionné de cèpes, reclus dans sa tour d’un château en Corrèze, entretient forcément un part d’ombre…

La logique de l’amanite, Catherine Dousteyssier-Khoze, Grasset,

Sortie : 26 août

Catherine Dousteyssier-Khoze, née en 1973 à Clermont-Ferrand, enseigne le français à l’université de Durham dans le nord de l’Angleterre. Spécialiste de la littérature du XIXème, elle est l’auteur d’essais, d’éditions critiques et d’articles.

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