Atelier d’écriture 2 – La maison sur le sentier

Chaque semaine, Leiloona, fondatrice du blog http://www.bricabook.fr, propose un atelier d’écriture à partir d’une photo. Cette semaine, une photo du photographe Julien Ribot.

ribot bricabook

Vermoulue et délavée est la porte de la maisonnée, chaumière rudimentaire. Les murs décrépits, lourds d’une âme pleine des temps vécus, soutiennent avec volupté et robustesse une charpente inébranlable en dépit du bacchanal des termites irrassiasés.

En haut d’un sinueux chemin de pierres minutieusement jointes, se niche la construction de pierres et de bois. Plus loin, la ligne se fait moins clairement dessinée. Les pèlerins l’empruntent épisodiquement. Spirituels badauds, randonneurs dilettantes ou familles en promenade gravissent à grand peine le sentier de rocaille en pulvérulence.

Il y a un verger derrière, qui subsiste. Il se meurt. En d’autres temps, il fut luxuriant. Les enfants qui habitaient dans la maison allaient y chercher des fruits quand les arbres produisaient encore. Trente ans après, elle se questionne. Quel âge avait-elle ? Et le petit frère ? Ils étaient deux, fusionnaient puis n’ont plus entretenu de contacts. Elle continue de monter, à pas mesurés, sur le coteau doré ponctués d’arbres. Au loin, quelque édifice ruiniforme l’attend. Les pierres se descellent et s’effritent.

Le petit frère viendra-t-il ? Après tant d’années… Un frisson la prend, de se retrouver ici, si longtemps après. Son enfance apparaît. C’était loin du village ; elle allait à l’école à vélo. La côte était terrible, surtout à monter. Elle se revoit courant sur le chemin, le chuintement de la chaussure après qu’elle a plongé dans une flaque d’eau.

Ses parents étaient assis sous une pergola dont l’ombre était épaissie par les frondaisons de la glycine qui enrubannait le tout. Sur deux fauteuils en osier autour d’une table. Tout n’est pas délabré, les choses persistent encore mais bientôt disparaîtront. Là-même où elle est née, où son frère est né, là où ils vécurent, où d’autres périrent.

Là-même où aujourd’hui il n’y a plus personne.

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3 commentaires pour Atelier d’écriture 2 – La maison sur le sentier

  1. jacou33 dit :

    Triste fin de vie pour une maisonnée qui fut si généreuse.

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  2. adèle dit :

    Belle mais triste évocation d’un passé heureux. La petite note d’espoir de la rencontre avec ce petit frère me rassure. Joli texte !

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  3. Vudemeslunettes dit :

    Beaucoup de nostalgie et de tristesse pour cette maison qui a l’air d’avoir tant vécu …
    J’aime beaucoup ton style d’écriture 🙂

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