68 premières fois. – 3. Les délires d’Emily Barnett.

Extrêmement troublé à la lecture de Mary. L’auteur, Emily Barnett joue sur les thèmes de l’étrange, du mystère et de la folie. Elle brosse le portrait de deux personnages, deux Mary ; l’une vit dans les années 2000, dans un château empli de gens malveillants et bizarres, l’autre dans les années 1950 à New York. Peu à peu elles finissent par se confondre.

Dans une langue pourtant soignée, on tombe sur des passages profondément délirants. Certaines phrases ont l’intelligibilité d’un code secret, sans queue ni tête. On lit sans comprendre qui est qui, ni qui fait quoi, où on est.

A la fin, Barnett perd complètement son lecteur. Abandonné par les narratrices elles-mêmes perdues aux mains de démons qui les dépassent, (folles à lier en fait), il circule dans une écriture ambiguë et glissante.

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Voici un extrait du livre, qui illustre au mieux l’aspect délirant du roman. Peut-être qu’on saisira mieux le côté déroutant, échevelé qui m’a perdu.

« Au dîner, on a mangé des pâtes en forme de lettres. Les vers d’un poème sont apparus : je suis la folie qu’on enferme
(…)
Détente

Aujourd’hui je porte un peignoir. M. Le Duc me l’a donné. Je fais les cent pas dans le jardin. Mains dans le dos, dos bombé. J’aperçois une troupe d’écureuils. (…) Maman se remplit son assiette de taboulé au buffet du salon. Je vais me servir un Coca.

(…)
Elle m’avoue un secret.
L’azur s’étiole comme une pelure d’orange. La lumière ruisselle dans le jardin. Mon corps se noie dans cette substance. Je flotte un peu
J’ai perdu un oeil. Des voix m’ont appelée dans la poussière blanche. J’applique sur ma peau la couleur qu’on obtient avec le sang des blessures. On entrevoit la centrale atomique au bout de la côte. (…)
La montagne en retrait ressemble à un vieux toutou ébouriffé. Maman est là. Elle feuillette un magazine. Elle se concentre pour pas que la structure fictive ne s’effondre.
– Où as-tu mis ma poupée ? Nicole m’appartient, c’est ma poupée.
Maman sourit
Tu as bien fait de cacher la hache. de toute façon, j’avais envie de me suicider.

Nos ennemis viennent de loin, ils ont pris la mer, il y en a partout ! « 

Mary, Emily Barnett, Rivages. Sortie le 26 août.

Emily Barnett est critique littéraire et de cinéma.

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2 commentaires pour 68 premières fois. – 3. Les délires d’Emily Barnett.

  1. caroline dit :

    bref!!!folle à lier!!

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  2. laurielit dit :

    tellement d’accord avec toi…j’ai tenté tout le roman de m’accrocher mais vraiment c’est fou de perdre le lecteur autant…y’a un moment la folie je veux bien qu’on l’écrive mais le lecteur doit la comprendre!

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