68 premières fois – 1 : La maladroite, un roman nécessaire

Logo 68Enfin, la grande aventure des 68 premières fois, initié par Charlotte L’Insatiable, blogueuse et chroniqueuse-radio, peut débuter !

Et quel début ! Un roman fort, l’un des romans les plus attendus la rentrée et qui semble faire l’unanimité.

Inspiré de l’affaire Marina Sabatier, La maladroite, sorti à la rentrée au Rouergue, est l’un des livres les plus poignants qu’il m’ait été donné de lire dans ma courte expérience de lecteur. Il nous est contée, sous la forme d’un roman-choral, l’histoire d’une jeune enfant déclarée disparue. Pour l’institutrice, aucun doute : elle est morte et ses parents sont responsables.

A travers les voix de tous ceux qui ont vu l’horreur se nouer sous leurs yeux, ce roman sonde les dysfonctionnements des différents systèmes de protection de l’enfance et condamne leur lenteur et leur fatalisme. Les différents points de vue, les différentes versions se télescopent ou se complètent pour former un portrait d’une abomination glaçante.

C’est le fatalisme, oui, les regards qui se détournent et les « ce ne sont pas nous affaires » qui sont fustigés dans ce livre et qui ont rythmé le parcours chaotique de Diana.

Malgré les observations d’institutrices notées avec précision, de nombreux courriers de la directrice, des rapports alarmants émanant de médecins, la mise au courant du conseil général, de l’inspection académique et du Parquet, il a fallu la mort de l’enfant pour que l’on se rende réellement compte de l’urgence qu’il y avait à agir.

Dans une langue dénuée de fioritures, d’une authenticité froide, un verbe presque clinique, c’est une vie de souffrances et de manipulations que l’on découvre, une vie d’aberrations, de violence, de colère. C’est un destin brisé qui nous est raconté, sans l’indécence glauque de certains romans, avec au contraire d’une noirceur sale et scabreuse, une clarté aseptisé et incisive.

Sans penser à « l’après », les années de procès, les condamnations, l’émotion de l’opinion publique, Alexandre Seurat donne une voix aux remords de tous ceux qui n’ont rien vu, mais aussi à la colère de tous ceux qui ont tenté d’alerter en vain.

Indéniablement, La maladroite demeure un roman nécessaire, pour comprendre, pour se souvenir, pour prendre conscience.

La maladroite, Alexandre Seurat, Rouergue, 128 pages.

Sortie : 19 Août 2015

Alexandre Seurat vit à Angers où il enseigne la littérature. En 2010, il a soutenu une thèse de littérature générale et comparée à la Sorbonne, sur Le roman du délire. Hallucinations et délires dans le roman européen (années 1920-1940).  Il est né en 1979.

Découvrez une interview de l’auteur donnée au Maine Livres :

http://lemainelivres.blogs.lemainelibre.fr/alexandre-seurat-%C2%AB-l%E2%80%99affaire-marina-m%E2%80%99-saisi-%C2%BB-18-08-2015-579

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6 commentaires pour 68 premières fois – 1 : La maladroite, un roman nécessaire

  1. Leiloona dit :

    Un très bel article, Lyvaan, pour un roman essentiel.

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  2. eimelle dit :

    c’est aussi par lui que j’ai commencé… fort…!

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  3. Stephie dit :

    Un très beau premier roman ! Une plume qui risque de compter parmi ceux qu’on attend chaque année 😉

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  4. coppet dit :

    Pas de doute, ça donne envie !

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  5. noukette dit :

    Un coup de poing ce roman, terriblement essentiel…

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  6. Ping : On s’étend sur Facebook… | Lyvann Vaté

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