Michel Onfray vs Marquis de Sade

onfray

Un livre assez court, à lire toutes affaires cessantes, pour comprendre :

  1. Qu’il est possible de lire un essai de Michel Onfray du début à la fin sans s’ennuyer et sans abandonner au premier chapitre, captivé.
  2. Qu’il est possible d’écrire un livre sur Sade sans qu’il soit ni trop technique, ni trop conceptuel, ni rébarbatif.
  3. Que, oui, après Freud, après Sartre, après Simone de Beauvoir, Michel Onfray continue et continuera de démolir les icônes faussaires et de découvrir des cadavres dans le placards (ex : Sartre a travaillé dans une revue collaborationniste, Beauvoir à Radio-Vichy etc…). C’est au marquis de Sade, « porté aux nues par l’intelligentsia pendant tout le XXème siècle », qu’il s’attaque.
  4. Qu’il est faux de considérer Sade comme une victime chétive et cacochyme des horreurs de son temps, oublié et relayé en second plan, alors qu’il a été considéré, positivement ou négativement, par Balzac, Huysmans, Michelet, les frères Goncourt, Sainte-Beuve… sans parler du vingtième siècle qui a fait de lui un saint.
  5. Que Sade n’a été contre la peine de mort que lorsqu’il risquait lui-même sa tête.
  6. Que Sade n’est pas féministe mais un violeur multirécidiviste et phallocrate.
  7. Que Sade a payé des femmes pour le suivre dans son château non pas pour un travail de prostitution, mais bien dans le but de les torturer et de les séquestrer.
  8. Qu’il n’est pas un précurseur des Lumières, mais bien un penseur féodal et royaliste.
  9. Qu’il n’a pas été emprisonné parce que le pauvre marquis était trop clivant, mais bien pour s’être rendu coupable de crimes sexuels, de séquestrations, d’actes de barbarie, de tentatives d’empoisonnement, de viols en réunion, de traitements dégradants et de menaces de mort. Qu’on ne peut pas dire qu’on lui en voulait parce qu’il était un peu trop controversé alors qu’on a trouvé des ossements humains au fond de son jardin.
  10. Que ce prétendu abolitionniste s’est réjoui de la mise à mort de Louis XVI et de Charlotte Corday, considéré que la décapitation de Marie-Antoinette était un « juste châtiment » et félicité Le Peletier d’avoir voté pour la mise à mort de Louis XVI. On fait plus fervent abolitionniste…
  11. Qu’il ne s’agit pas de trouver à redire à ses fictions mais bien de mettre en parallèle un penseur avec sa vie. On ne lui reproche pas d’avoir écrit des abjections, on lui reproche de les avoir pratiquées. Outre l’Affaire Rose Keller (aussi appelée l’Affaire d’Arcueil), probablement celle qui a le mieux survécu à l’Histoire, on note plusieurs autres affaires dans lesquelles le « Divin Marquis » est mêlé de très près : les viols de Marseille, l’affaire dite « des petites filles » (jeunes femmes embauchées comme domestiques, en réalité proies de son théâtre sadique) ainsi que l’affaire Catherine Trillet (sans rappeler les ossements au fond du jardin)…
  12. Que c’est bien cet homme-là qui fut adulé durant tout le vingtième siècle. De Jacques Lacan et la biographe Elisabeth Roudinesco à Roland Barthes, mais aussi de Georges Bataille à Gilles Deleuze, sans parler de Philippe Sollers (Sade contre l’être suprême, Gallimard, 1996) qui en fait « l’un des plus grands écrivains français » (Le Monde, 1991), tous ont vu, non pas l’abomination qu’il était dans la vraie vie, mais bien un féministe, penseur visionnaire et défenseur des libertés, « pour qui la liberté de moeurs a été une question de vie ou de mort » (Breton). On parle tout de même ici de l’un des plus célèbres serial killer de l’Histoire, célèbre pour ses tortures immondes, ses viols en réunion, les traitements inhumains et dégradants qu’il infligea à ses victimes etc. Pendant ce temps, André Breton et Guillaume Apollinaire en font un surréaliste avant l’heure, Pierre Klossowski publie Sade, mon prochain (Seuil, 1947) et Simone de Beauvoir, l’auteur de Faut-il brûler Sade ? (Gallimard, 1972) salue dans les Temps modernes en 1955 une « cérébralité lumineusement éclairée ».

Intellectuel faussaire, le marquis de Sade est de surcroît un criminel sanguinaire, misogyne et phallocrate. Ainsi, et grâce au travail de Michel Onfray, les derniers remparts tombent entre la légende angélique qui nimbe le marquis et l’effarante réalité de sa vie.

Contre-histoire de la littérature t.2 La passion de la méchanceté – Sur un prétendu divin marquis, Michel Onfray, Autrement, 180 pages.

Michel Onfray, né en 1959, est un philosophe français. Auteur d’environ quatre-vingts ouvrages, il se fait connaître d’un large public avec la publication du Traité d’athéologie (Grasset) en 2005. Il a écrit des livres sur l’art, sur l’athéisme, l’hédonisme et l’anarchisme ; il a fondé l’Université populaire de Caen en 2002 où il enseigne. Célèbre pour sa Contre-histoire de la philosophie (Grasset) en neuf tomes, il est aussi l’auteur de La Scupture de soi, Théorie du corps amoureux, Le Crépuscule d’une idole, L’Ordre libertaire, (Grasset, 1993, 2000, 2010, 2012) Manifeste hédoniste, (Autrement, 2011) et d’une Brève encyclopédie du monde en trois tomes.

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Un commentaire pour Michel Onfray vs Marquis de Sade

  1. caroline dit :

    monsieur ,j’aime cette mise en page!!par tiret !!!c’est très clair!!plus facile pour les novices !contenu de l’article exquis!

    J'aime

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