Autopsie d’une absurdie

puertolas

Cette image est issue du site des éditions le dilettante. © Eric Clément

Avec L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea de Romain Puertolas publié 2013 au Éditions Le Dilettante, indéniablement, on passe un bon moment. On se laisse porter par l’histoire, on s’amuse bien. Mais, deux ans après, le regard peut changer, il faut beaucoup de recul pour critiquer une oeuvre, plus généralement analyser un phénomène. De ce livre aujourd’hui enterré car passé de deux ans, donc plus dans l’actualité, que dire ? que penser ?

N’ayant jamais été tenté par la médecine et la science, il s’agit là de ma première autopsie. Le terme en lui-même, je l’avoue, n’est pas de moi. Il m’a été inspiré par Carole Mathieu et Thierry Humbert, réalisateurs d’un documentaire intitulé Autopsie d’un massacre. Qu’en est-il ? Un documentaire qui revient, plus de dix ans après, sur le premier film de BHL, Le Jour et la nuit, étrillé et massacré. Avec le recul suffisant et sortis de l’hystérie collective autour de ce film, ils essaient de comprendre le phénomène qui entoura le film. D’où le terme autopsie.

Cet ouvrage a profité d’une grande médiatisation (Le Figaro, On n’est pas couché) et a suscité un engouement sensationnel. Mais, si l’on garde un oeil critique, sont-ils mérités ? Ce livre demeure-t-il un premier roman prometteur ? Outre l’absurdité déroutante des protagonistes, est-il à ce point drôle qu’on ne puisse lire aucune critique négative sur ce livre ? Est-ce un roman fort, bouleversant ? Nous montre-t-il quelque chose du monde ? Porte-t-il un message politique, nous pousse-t-il à réfléchir ? Y a-t-il du reste un suspense insoutenable ? Une fin bien trouvée ? Une chute intéressante ? Est-il au moins bien écrit ?

A ces questions, hélas, peu de réponses affirmatives

Le récit est très insolite pour ne pas dire absurde : rien que le titre à rallonge laisse présager d’une histoire extravagante. Ce n’est pas péjoratif, on voit bien que l’auteur joue là dessus.

Le style de l’écriture, s’il y en a un réellement, m’a paru très pauvre. On dirait que l’auteur écrit comme il parle, ce qui ne laisse rien présager de bon : le vocabulaire employé, souvent familier, est très peu varié ; les constructions de phrases maladroites, étrangement tournées, laissent parfois le lectorat pantois ; l’humour que l’écrivain tente d’introduire dans son texte pour essayer d’apporter quelque chose d’intéressant à son livre devient très répétitif et à certains égards, pénible ; certains passages sont inutilement longs, des digressions phénoménales assez bizarres.

Je relève tout de même deux points importants qui m’ont plu dans ce livre : le premier est la dénonciation des combats que même les clandestins, la mise en lumière des souffrances qu’ils traversent. c’est important que l’on mette ainsi en évidence la réalité quotidienne de ces aventuriers d’aujourd’hui. La deuxième est la suivante : la façon d’introduire ce sujet sérieux et tragique au milieu d’un roman plus léger est, il me semble, une manière intelligente d’en parler en touchant un grand public. De surcroît, l’écrivain étant policier, cela nous permet d’avoir le témoignage d’un professionnel.

L’histoire se déroule à Paris où un fakir nommé Ajatashatru Lavash Patel arrive dans la capitale afin d’acheter un nouveau lit à clous. Pour cela, il se rend dans un magasin Ikea, où il est emmené malgré lui dans un voyage sans fin. Les péripéties qui s’ensuivent sont l’essentiel du livre, il tombe de Charybde en Scylla. De plus, les personnages rencontrés par le fakir sont plutôt intéressants. Ceci dit, les péripéties racontées de manière saccadées dans le seul but de soutenir un rythme saugrenu d’une absurdité et d’une invraisemblable superfluité gâchent malheureusement le plaisir.

Puertolas a depuis sorti un autre roman, un peu moins remarqué et dont je n’aurais pas le courage de retranscrire le titre en entier puisqu’il est au moins aussi long que l’histoire du fakir. Ceci dit, en toute honnêteté, c’est loin d’être le plus mauvais livre que j’ai lu : il y a aussi du positif. Ce que je regrette, c’est cet engouement spectaculaire autour de ce livre, qui, pour moi, n’en méritait pas tant.

Chez les écrivains, et a fortiori lors des rentrées littéraires, véritables submersions de bouquins, le succès n’arrive qu’une fois.

Et, parfois, il est mérité…

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Romain Puertolas, Le Dilettante, 2013, 255 pages

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Un commentaire pour Autopsie d’une absurdie

  1. celinehuet dit :

    J’ai lu le deuxième à sa sortie. Je l’ai trouvé suffisamment poétique et déjanté pour qu’il me plaise ! 😉 En revanche celui-ci, je ne l’ai pas encore lu. Il est sur ma PAL, mais je voulais que toute l’émulation autour s’estompe enfin…

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