Pornographie de la transgression

rosnay albinmichel

Tatiana de Rosnay est écrivain. Cette image est issue du site des éditions Albin Michel.

Son carnet rouge est le titre d’un livre Tatiana de Rosnay (Elle s’appelait Sarah, Spirales, A l’encre russe ), publié aux Éditions Héloïse d’Ormesson. Il s’agit d’un recueil de onze nouvelles qui traitent toutes d’un sujet, l’adultère, vu à chaque fois d’une façon différente. Toutefois, l’auteure ne s’est apparemment intéressée qu’à la partie physique, charnelle de l’adultère, qu’elle agrémente, sans doute dans le désir de rendre ses nouvelles plus réalistes, de détails scabreux et souvent superflus.  Tatiana de Rosnay a totalement délaissé tout ce qui va avec l’adultère mais qui n’est pas directement rattaché à l’acte : le mal-être de chacun, la désagrégation du couple, la double vie, la trahison – ou même tout simplement le fait de ne plus aimer son époux ou son épouse et de partir aimer quelqu’un d’autre, ce qui ne nécessite pas spécialement d’obscénité.

Tatiana de Rosnay, dans un vocabulaire d’une vulgarité et d’une indécence sans nom, nous raconte des gens trompant leurs concubin(e)s. Et c’est tout. Ça ne va pas plus loin. Ainsi, Tatiana de Rosnay n’explore pas l’adultère, puisqu’elle se cantonne à l’acte. L’auteure, visiblement, ne pense pas que l’adultère, qui se fait évidemment par un acte, peut être raconté différemment, avec des ellipses, de façon plus délicate, plus poétique, elle n’a pas cherché à trouver une beauté dans les mots pour raconter la souffrance, l’esprit de vengeance.

C’est un livre bourré de stéréotypes et de clichés, du début à la fin. C’est un livre où, parfois à la limite du sexisme, il est répété au moins une dizaine de fois que les hommes sont infidèles par nature et donc qu’il est inutile pour les femmes d’espérer un mariage sans infidélités. Évidemment, inutile de préciser qu’il s’agit dans le livre d’hommes trompant leurs femmes et jamais de femmes infidèles (sauf dans l’une des nouvelles où le mari et l’épouse se trompent mutuellement). C’est « cliché » du début à la fin : de l’homosexuel refoulé aux jeunes étudiantes américaines folles amoureuses de leur professeur de fac, du dîner entre bourgeoises à l’épouse trompée complètement hystérique qui saccage l’appartement de son mari.

Non, je n’ai pas été passionné par l’histoire de ce père de famille qui va la nuit dans le bois pour payer des prostituées. Non je n’ai pas été passionné par l’homosexuel refoulé qui explique à sa femme ses impressions après qu’il s’est rendu dans des bars gays et d’autres endroits plus sordides. Non je n’ai pas été passionné par cette femme au raisonnement illogique qui déplore que son mari soit trop fidèle. Non.

Bref, je n’ai vu dans ce livre qu’une suite de onze scènes pornographiques avec des protagonistes différents.

Malgré l’écriture fluide et agréable, des chutes surprenantes et des histoires pourtant bien ficelées, j’avoue que la recrudescence de détails glauques et le caractère obscène de certains passages m’ont déçu et mis mal à l’aise. La déception vient du fait que l’on ne ressort pas de ce livre comme si on sortait d’un livre qui avait exploré véritablement l’adultère, où l’on avait compati à des personnages, l’on avait détesté d’autres, où l’on avait constaté toutes les facettes de l’adultère et dans lequel l’auteur aurait chercher les sources et causes de l’adultère. On ressort de ce livre comme de n’importe quelle romance érotique, à la fois troublé, à mal à l’aise, choqué par tant de crudité dans les mots, et tant de vulgarité dans la narration.

Son carnet rouge est paru aux éditions Héloïse d’Ormesson en 2014 et a été réédité la même année dans la collection Le Livre de poche.

Tatiana de Rosnay est une romancière, journaliste, nouvelliste et biographe franco-anglaise, auteure notamment de Boomerang (Ed. Héloïse d’Ormesson, 2009), Rose (D’Ormesson, 2010), A l’encre russe (D’Ormesson, 2013) et d’une biographie de Daphne DuMaurier (Manderley for ever, Héloïse d’Ormesson/Albin Michel, 2015). En 2010, Elle s’appelait Sarah (D’Ormesson, 2007), best-seller vendu à plus de neuf millions d’exemplaires, est adapté au cinéma.

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