L’Univers selon Jean d’Ormesson

Texte paru précédemment dans le magazine L’Ivre de lire.

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Jean d’Ormesson est romancier, écrivain, philosophe, chroniqueur et membre de l’Académie française depuis 1973. Cette image est issue du site de l’Académie française.

Jean d’Ormesson s’interroge dans son dernier ouvrage, sur les origines de l’univers, et surtout sur le rôle de Dieu dans cette entreprise (qu’il existe ou qu’il n’existe pas). De là, découlent de nombreuses autres questions, comme le temps et l’espace et ce qu’ils représentent, mais aussi l’équation entre Hasard et Nécessité.

A ces questions, Jean d’Ormesson apporte une réponse de croyant ; il apporte un raisonnement philosophique et métaphysique – mais surtout théologique, qui en soit est très intéressant, très instructif, mais qui se fait obligatoirement dans la quasi-négation de réalités scientifiques – bien qu’il cite, c’est vrai, de grands scientifiques tels que Einstein, Planck, Hubble… ; et donc son raisonnement ne peut être qu’influencée par des réflexions d’ordre religieux. En soit, ce n’est pas un problème qu’il apporte une réponse influencée et donc non-objective, c’est son plein droit de s’inspirer de sa religion pour son roman. Mais, sans mettre en doute sa bonne foi et son intérêt pour ces questionnements métaphysiques, comment répondre à la question « Comment l’univers fut-il créé et qu’y-avait-il auparavant ? » uniquement à partir de textes religieux, de croyances, qui ne sont que des croyances (Existence de Dieu ou invention ? etc…) et de principes philosophiques plutôt abstraits sans prendre en compte des connaissances et des preuves scientifiques ?
Je peux totalement accepter que Jean d’Ormesson soit influencé par sa religion, le christianisme, dans son roman ; j’ai du mal à comprendre la pertinence d’un raisonnement religieux dans un argumentaire métaphysique sur l’origine de l’univers ; mais alors j’avoue demeurer très déçu qu’un esprit comme celui de Jean d’Ormesson mette ainsi sur un piédestal l’être humain, comme supérieure à toutes autres formes vivantes (p.81 : « En dépit de Darwin et de son transformisme, il y a une frontière infranchissable et d’un clarté surprenante entre les autres créatures vivantes et nous. » ) et ce bien qu’il semblât prêcher l’humilité face à l’univers et au regard de la petitesse de l’être humain, qualifie le rôle du hasard dans le travail de l’Histoire de l’évolution, qui a façonné la vie jusqu’à ce qu’elle donne l’être humain d’ »assemblage à la va-comme-je-te-pousse de particules périssables » (p85) où, ainsi, le corps humain est fait, dans l’hypothèse où il n’a pas été créé par Dieu, à la « va-comme-je-te-pousse. », fasse clairement l’apologie de Dieu (p.92 : « Les hommes, sans Dieu, sont […] sur le chemin de l’horreur et de la folie. » , p.93 : « Dieu nous a donné la vie […] pour que nous chantions les louanges de l’Éternel » ) au profit de l’ « invraisemblable » qui pourrait peut-être, dans l’hypothèse d’un Dieu créateur de l’univers, être ce qui nous attend après la mort, contrairement à l’hypothèse non-religieuse du Hasard, d’après laquelle il n’y aurait « rien à espérer près la mort » et tout cela, c’est peut-être ce qui m’a le plus dérangé, parfois à la limite de l’intolérance (sans exagérer) face aux non-croyants : p.86 « Je ne suis pas loin de penser qu’il n’y a que l’insensé pour dire : « Il n’y a pas de Dieu. » « . p.92.  » Les hommes sans Dieu sont guettés par une autre forme d’orgueil et par l’absurde dans toute sa pureté. ». Comme un chant d’espérance est une excellente introduction à la métaphysique et à la théologie. C’est aussi un ouvrage de vulgarisation qui permet même aux non-initiés à la philosophie de comprendre, et l’homme de lettres, brillant, clair, apparaît derrière le métaphysicien. C’est surtout une ode à la joie, à l’espérance, car c’est vrai que Jean d’Ormesson semble étonnamment serein alors qu’il s’interroge sur le Néant, qui pourrait inquiéter, être angoissant, faire ressurgir un sentiment d’insécurité : Jean d’Ormesson a confiance en le destin de l’univers, il a confiance en son Dieu.

Jean d’Ormesson aime les hommes, les femmes, le Soleil (p. 99 « Le Soleil, en attendant, est la beauté du monde. »), il aime le monde, la lumière et la vie. Comme un chant d’espérance est une œuvre d’une justesse incroyable malgré une place à mon goût trop grande donnée à la religion – qui va chercher sa source dans l’infiniment lointain, l’infiniment grand et l’infiniment beau, c’est un livre dont on ressort grandi, c’est vrai, plus instruit, c’est sûr, dont l’auteur, si modeste qu’il soit, s’inscrit dans la lignée des plus grands métaphysiciens, théologiens et philosophes de l’Histoire.

Comme un chant d’espérance est paru aux éditions Héloïse d’Ormesson en 2014.

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